On parle souvent de « pensée positive », de communication bienveillante ou de feedback constructif. Le ratio de Losada, lui, met un chiffre sur l’impact réel de nos interactions. Derrière ce concept, une question simple : combien d’interactions positives faut‑il pour compenser l’effet d’une interaction négative dans une relation ou dans une équipe ?
Spoiler : une seule remarque positive ne suffit pas à effacer une critique.
C’est quoi, le ratio de Losada ?
Le ratio de Losada, aussi appelé ratio de positivité, désigne le rapport entre les interactions positives (compliments, reconnaissance, gratitude, écoute, soutien, curiosité, humour partagé…) et les interactions négatives (critiques, reproches, sarcasmes, jugements, mépris, interruptions, haussements de ton…).
Dans les années 2000, le psychologue chilien Marcial Losada, en collaboration avec la chercheuse Barbara Fredrickson, a mis en évidence une idée forte : pour qu’une relation ou une équipe fonctionne bien, il faut nettement plus de positif que de négatif.
En 2005, ils publient une étude indiquant qu’un ratio d’environ 3 interactions positives pour 1 négative (2,9:1 dans l’article) serait associé à des équipes plus performantes, plus créatives et plus résilientes.
Comment Losada est-il arrivé à ce ratio? En observant des équipe en situation réelle de travail
Losada et son équipe ont observé plus de soixante équipes en réunion. Chaque intervention a été codée selon plusieurs dimensions :
- Positive vs négative
- Orientée vers soi vs orientée vers les autres
- Focalisée sur le présent vs tournée vers l’avenir
Ils ont ensuite comparé ces ratios avec les performances réelles des équipes (résultats financiers, satisfaction client, évaluations internes…). Ils ont ainsi mis en évidence un lien entre la communication et les résultats obtenus. Les tendances observées sont les suivantes :
- Équipes très performantes : ratio ≥ 3:1 (3 positif pour 1 négatif)
- Équipes moyennes : autour de 2:1
- Équipes en difficulté : ratio proche de 1:1, voire plus de négatif que de positif
À partir de ces observations, Losada propose l’idée d’un “ratio critique”. En dessous d’un certain seuil de positivité, les systèmes relationnels se contractent. Au-dessus, ils s’ouvrent, innovent et coopèrent davantage. Le concept sera ensuite largement diffusé dans la psychologie positive.
Les critiques du ratio de Losada… et alors ?
La méthode mathématique utilisée dans l’étude de 2005 a été fortement critiquée par plusieurs chercheurs. Ils remettent en cause la validité scientifique du modèle utilisé pour calculer un ratio précis. Mais, et c’est essentiel, ces critiques ne remettent pas en cause l’idée générale : le négatif pèse plus lourd que le positif, et un excès de négativité détériore les relations comme les performances collectives. Le cerveau ne prend pas en compte de la même manière le positif et le négatif. Autrement dit : le chiffre exact est discutable, mais la dynamique globale est juste.
Une lecture systémique : pourquoi c’est pertinent
Prendre conscience de l’impact de sa communication nous nous invite ainsi à être vigilant à plusieurs titres. Dans une approche systémique, chaque interaction influence la personne qui émet le message, la personne qui le reçoit et la relation elle-même, qui est un système à part entière. Si vous voulez en savoir plus sur l’approche systémique de Palo Alto, je vous conseille le site et les formations d’Olivier Millet.
Le ratio de positivité nous rappelle ainsi que le système relationnel se nourrit de ce qui circule entre les personnes. Alors que le positif ouvre, relie et sécurise, le négatif ferme, contracte et fragilise. Autrement dit, ce que nous mettons dans la relation modifie le système, et donc les comportements qui en émergent (mais également les pensées et les émotions :-).
Cette idée nous encourage à porter davantage d’attention à ce que nous nous disons intérieurement, ces phrases que nous répétons parfois en boucle, mais aussi à ce que nous transmettons à nos interlocuteurs. Que voulons‑nous construire, ou ne plus alimenter, dans nos relations ? Que ce soit au bureau ou en famille, ce choix nous appartient.
Pour tirer profit de cette lecture, c’est facile. Que ce soit dans sa vie pro ou vie perso, on teste : on observe d’abord son ratio, on cherche à le rendre plus positif, et on regarde quel nouvel élan se met en place.